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Carnet de voyage dans les Balkans

 Une délégation du PDE conduite par Marielle de Sarnez et Nathalie Griesbeck, s’est rendue ces derniers jours en Grèce, en Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), en Serbie et en Hongrie, quelques heures avant la fermeture de la frontière. Notre objectif était de voir et comprendre les raisons de la crise sans précédent en Europe que constitue cette arrivée massive de réfugiés. Ayant eu l’opportunité de prendre part à cette mission aux côtés de nos élues démocrates, j’ai souhaité en faire ici un résumé et une synthèse personnelle.

Notre première visite est pour le centre d’accueil ouvert d’Eleonas, à quelques pas de l’Acropole d’Athènes, mis en place à la fin du mois d’août par le gouvernement grec, la ville d’Athènes, la région de l’Attique, le Haut Commissariat des Nations unies aux Réfugiés et la Croix Rouge.

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A Eleonas, en Grèce

Ce centre ouvert de 700 places est un premier refuge sur le continent européen pour Syriens et Afghans, en majorité, qui fuient la guerre et la misère. Certains sont partis depuis des mois, quelques-uns depuis près de deux ans, comme nous explique ce professeur d’anglais de 76 ans, originaire du nord de l’Afghanistan, qui joue volontiers les interprètes.

De nouveaux migrants affluent tous les jours, certains ne font que passer. Après avoir quitté les côtes turques sur des frêles embarcations, ils sont transportés à Athènes par ferries depuis les îles de Lesbos ou Kos, principalement. Ils profitent des installations offertes ici pour se reposer, prendre des nouvelles de leurs proches, déjà en Europe – notamment en Allemagne, dont ils prononcent le nom avec un grand sourire – ou bien encore au pays. Selon les responsables du centre, parmi lesquels figure Anthi Karangeli, les réfugiés restent à Eleonas en moyenne 24 à 48 heures, avant de reprendre la route vers la frontière greco-macédonienne et traverser les Balkans. En cette fin d’après-midi, les bénévoles grecs présents diffusent un petit film afghan. Petite attention réconfortante pour les enfants ; moment de répit pour leurs parents également en mal de repos. Alors que l’hiver est une simple question de semaines désormais, tous expliquent l’importance de disposer rapidement de préfabriqués supplémentaires pour assurer le minimum.

Le lendemain, nous poursuivons avec la visite de la zone de passage de la frontière greco-macédonnienne à Idomeni, au nord de la Grèce. Les uns après les autres, les cars arrivent de Thessalonique ou d’Athènes. Dignes et déterminés, les réfugiés passent la frontière entre la Grèce et l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) à pied sur la voie de chemin de fer qui relie les gares d’Idomeni d’une part et de Guevgueliya d’autre part.

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Les voies de chemin de fer de la gare d’Idomeni servent de point de passage entre la Grèce et l’ARYM. La frontière est située 500 mètres plus loin.

Sur place, les orages qui sont tombés la semaine dernière ont rendu les conditions extrêmement précaires. La situation était dès lors particulièrement tendues entre les autorités présentes et les réfugiés qui, coûte que coûte, cherchent à poursuivre la route vers le nord.

Nous échangeons avec la police grecque qui est bien consciente qu’en fonction des passages à la frontière turque ou lors de l’arrivée des ferries grecs, les pics d’affluence peuvent atteindre plusieurs milliers de personnes à la journée, à l’instar de cette jeune syrienne qui fuit les combats accompagnée de son père, de sa mère et de son enfant de 11 mois. Pour les agents de sécurité grecs présents, la préoccupation principale est de ne pas séparer les familles. Car ces familles, souvent avec de jeunes enfants, forment la majorité des rescapés.

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A Idomeni à la frontière Greco-macédonienne

Sur les voies de chemin de fer, la grève des transports ce jour-là complexifie encore un peu plus la situation. Alexandra Krause, responsable pour le HCR du centre de Guevgueliya, de l’autre côté de la frontière, tire le signal d’alarme sur la crise humanitaire en qui est sur le point de se produire, devant Marielle de Sarnez, Nathalie Griesbeck et Laurence Auer, l’ambassadrice de France à Skopje qui les accompagne. Lorenzo Leonelli, bénévole italien du HCR, assure quant à lui la distribution de bouteilles d’eau ; une bouteille par personne. Comme leurs collègues rencontrés le premier jour à Athènes, les membres de la Croix rouge également présents tentent de prodiguer les premiers soins. Les plus urgents, brûlures dues au soleil, écorchures, ampoules… Partout, les tarifs des trajets vers la Serbie sont affichés et encadrés pour sortir les migrants des griffes des passeurs.

Marielle de Sarnez et Nathalie Griesbeck poursuivent leurs échanges avec le responsable de la police macédonienne. Seule, la Macédoine paraît désemparée. Que peut faire l’Europe pour les aider ? Les effectifs aussi bien que les moyens matériels – tout spécifiquement les ordinateurs pour enregistrer les premières données – sont insuffisants. Les faux papiers saisis ici permettent de « suivre » les migrants. Certains sont partis depuis 3 ou 4 ans. L’Union européenne a le devoir de se mobiliser et de peser davantage dans la région, ou le poids de l’histoire – querelle quant à l’utilisation du nom « Macédoine » et héritages de l’Empire ottoman ou des guerres de Yougoslavie– pèse très lourdement sur les discussions bilatérales.

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A Guevgueliya en ARYM

Pour tous, la route de l’Europe passe par la ville de Presevo, porte d’entrée en Serbie. Il s’agit bien souvent de la première halte depuis Athènes. Presevo est le point de départs des trains, bus et taxis qui traversent la Serbie avec pour destination la frontière hongroise. Les responsables du centre d’accueil Presevo, Branislav Milenkovic pour est géré par la Croix Rouge serbe et Dragana Rajic pour le commissariat serbe aux réfugiés, guident la délégation du PDE entre les tentes et les préfabriqués. Ici se déroule pour la première fois un début d’enregistrement. En file indienne, les réfugiés pénètrent un à un dans un ancien bâtiment de la municipalité où ils sont enregistrés et photographiés. Pendant qu’est effectuée une prise de leurs empreintes digitales, ils racontent leur périple, depuis les camps turcs, jordaniens, libanais ou depuis la Syrie elle-même. Tous interrogent les deux députées européennes sur la situation en Hongrie : pourront-ils passer ? La frontière sera-t-elle vraiment fermée ? Seront-ils bien traités ?

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À Guevgueliya, en Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), les réfugiés s’apprêtent à entrer dans le centre récemment ouvert par la Croix Rouge et le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations unies.

Là encore, Dragana Rajic appelle l’Europe à l’aide : ils ont besoin de fonds pour étendre la surface du centre d’accueil et y améliorer les conditions de vie. Car les équipes, malgré toute leur bonne volonté, sont limitées dans leurs actions notamment la nuit, moment durant lequel, il s’agirait aussi d’accompagner, d’encadrer et de répondre aux inévitables sollicitations. Le manque de couvertures est aussi criant. Pour assurer la sécurité et prévenir tout incident, un scanner a été récupéré d’un aéroport voisin ; son fonctionnement dépend du bon vouloir du vieux groupe électrogène.

À Belgrade, nous avons pu échanger sur la situation avec Christine Moro, ambassadrice de France, ses collaborateurs et Michael Davenport, délégué de l’UE en Serbie. Nous sommes ensuite rendus à Kanjiza, ville frontière du nord de la Serbie. Celle-ci accueille chaque jour 3 à 4 000 personnes pour une population qui en compte à peine 9 000.

Un centre d’accueil a donc été aménagé à la sortie de la ville. La Hongrie se trouve à quelques kilomètres au nord.

La loi votée en septembre durcissant les procédures législatives à l’égard des migrants rentrera en application quelques le passage. Les réfugiés sont fébriles ; tous ne pensent qu’à la façon dont ils seront reçus dans ce pays qui fait figure d’épouvantail mais dont la traversée est nécessaire pour parvenir en Allemagne ou en Suède. Certains réfugiés qui avaient tenté le passage et ont été refoulés par la police hongroise racontent les courses poursuites avec la police et ses chiens dans les champs, l’absence totale d’égard qu’elle leur témoigne.

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A Szeged, au sud de la Hongrie.

En effet, dans le centre de rétention de Szeged, au sud de la Hongrie, que la police nous fait visiter, elle procède à l’enregistrement systématique des réfugiés. Ceux-ci attendent parqués, au soleil derrière un grillage cadenassé dans la cour cette ancienne caserne, que leur car soit examinés. Conduits à la gare de la ville, les demandeurs d’asile sont répartis entre les différents camps du pays, notamment à Bicske ou Debrecen. Les autres rejoignent Budapest. C’est ici, à Budapest, par la visite de la gare de Keleti que se conclut notre déplacement. Après quelques heures d’attente, les réfugiés montent dans les trains qui partent à destination de l’Autriche puis de l’Allemagne. La population hongroise a à cœur de montrer un autre visage de la Hongrie que celui de Viktor Orban. Comme Zsuzsanna Zsohar, de l’association coordinatrice de Migration Aid, un groupe de civils spontanément constitué sur les réseaux sociaux pour fournir quelques boissons chaudes. À l’extérieure de la gare, un concert de solidarité est organisé.

Sur les quais de la gare, le soulagement est palpable : pour eux, c’est certain, leur voyage est sur le point de prendre fin. Ils savent que l’accueil leur sera favorable en Allemagne, d’où ils pourront ensuite rejoindre la Suède ou les Pays-Bas.

Depuis le passage de la délégation du PDE, la Hongrie a achevé sa clôture de barbelés. Désormais, la route vers l’Europe passe par la Croatie qui, débordée, essaie à son tour d’accueillir 70 000 personnes. Comme les autres anciennes républiques yougoslaves, Zagreb a fait le choix d’évacuer les réfugiés le plus rapidement possible vers la Slovénie et, surtout et paradoxalement, la Hongrie.

Martin LEVENEUR

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