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Cette crise aura accentué et souligné la vulnérabilité de certains travailleurs et secteurs d’activité

European Parliament

La crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons va-t-elle profondément bouleverser le monde du travail et notre approche des aides sociales? Les réponses de la députée européenne française et vice-présidente du groupe Renew Europe Sylvie Brunet.

Comment aider au retour à l’emploi, en particulier dans les secteurs les plus touchés ? 

Tout d’abord, l’Europe a mis en place pour la première fois un instrument exceptionnel et temporaire, dénommé SURE (Support to mitigate Unemployment Risks in an Emergency) pour aider financièrement les Etats membres à financer les dispositifs de chômage partiel qui permettent de protéger dans l’urgence les emplois et les travailleurs touchés par la pandémie du Covid 19.

Dans un second temps les acteurs institutionnels européens (Conseil, Commission, Parlement) vont devoir analyser l’impact économique par écosystèmes et notamment sur l’emploi de cette crise pour les mois et années à venir. Il sera indispensable d’aider à la reconversion certains secteurs et travailleurs en mobilisant notamment le Fonds d’Ajustement à la Mondialisation ou le FSE (Fonds Social Européen) avec par exemple des actions de formation ciblées.

Il est certain que si des secteurs vont être particulièrement affectés en termes de suppressions d’emplois dans les mois à venir tels que le tourisme, la culture ou encore l’événementiel, nous avons aussi l’opportunité de créer de nombreux emplois pour assurer la transition écologique et numérique, avec le soutien européen du Fonds pour une transition juste. L’enjeu est donc la temporalité de nos actions et leurs modalités systémiques.

Autrement dit, des premières mesures d’amortissement de la crise pour les travailleurs les plus touchés devront être mises en place par le biais des systèmes d’assurance chômage. Mais des actions de formation massive seront également indispensables pour accompagner la transformation d’activités économiques (par exemple dans le domaine de la rénovation énergétique des bâtiments…) et ce, à tous les niveaux : européen, national, régional et local.

En tout état de cause, le dialogue social à tous les niveaux sera déterminant pour préparer et accompagner la sortie de crise, en prenant en compte la transition environnementale en termes d’emplois et de compétences. 

À quoi pourrait ressembler le monde du travail de demain ? De nouveaux modèles vont-ils émerger suite à la crise que nous traversons ? 

Beaucoup de réflexions et d’études sur l’avenir du travail avaient alimenté la célébration du centenaire de l’OIT en 2019. Ces travaux témoignaient tous de l’impact fort sur le travail des progrès technologiques, de l’indispensable écologisation de nos économies, et des changements démographiques tels que l’augmentation d’une population vieillissante en Europe. De nouveaux modèles de travail ont émergé ou se sont amplifiés en raison de cette crise sanitaire. Ainsi le recours au télétravail a explosé et montré tant son utilité que parfois ses limites lorsqu’il est mal organisé ou utilisé de façon abusive. De même, cette crise majeure a montré le caractère indispensable d’un socle de protection sociale surtout face à des activités émergentes telles que celles des travailleurs des plateformes.

Il faudra tout particulièrement se préoccuper de la jeunesse qui risque d’être la plus touchée par les conséquences de cette crise.

Enfin, de façon générale, seule l’émergence de nouveaux modèles économiques à la suite de cette crise mondiale permettra d’innover en matière sociale et d’emploi. Ainsi les secteurs de l’économie sociale et solidaire ou de l’économie circulaire devraient bien plus se développer.

Pensez-vous que l’Europe puisse encourager la relocalisation de secteurs prioritaires ?

Avant la crise, nous avions déjà constaté et dénoncé que l’UE manquait cruellement d’unités de production. Je suis convaincue que l’Europe va accélérer un soutien direct aux entreprises stratégiques, qui est d’ailleurs prévu dans le plan de relance post-crise.

Ainsi, le plan d’investissement massif prévu pour relancer le moteur économique sur les années à venir va se traduire notamment par un plan de relance industrielle en Europe, et bien sûr en France dans les secteurs stratégiques tels que la santé, la défense, le numérique, l’énergie… Nous devons aussi conserver les atouts d’un marché unique européen qui nous permettra de nous imposer face à de grandes puissances économiques dont nous sommes manifestement devenus trop dépendants (Chine, Inde…). Cela doit se faire, bien entendu, dans une perspective de neutralité carbone et de création d’emplois durables.

De nouveaux types d’aides sociales pourraient-ils émerger au niveau national et au niveau européen ?

Cette crise aura accentué et souligné la vulnérabilité de certains travailleurs et secteurs d’activité. De nouvelles formes de protection sociale pourraient émerger pour les travailleurs indépendants par exemple mais aussi pour les jeunes, les femmes en situation de monoparentalité…

Et l’aide sociale en faveur des plus démunis, tant au niveau européen (un tiers de l’aide alimentaire est financé par des Fonds européens) que national, devra certainement s’accroître.

Cette crise a aussi révélé de grandes capacités de solidarité entre les personnes et de soutien des personnels en première ligne dans la gestion de la pandémie. Il faut que ce mouvement continue.

Faut-il mettre en place le revenu universel ?

Il faut certainement s’interroger sur la nécessité d’un revenu minimum social garanti qui constituerait un socle de la solidarité à l’égard des personnes en situation de fragilité.

Il existe des conceptions et définitions très différentes de ce revenu universel. Certains recommandent la mise en place d’un revenu individuel minimum et forfaitaire, sans conditionnalité. L’Institut Veblen - constitué d’experts et d’universitaires engagés pour la transition écologique - suggère même la création d’un « drone monétaire » et le versement par la BCE (Banque Centrale Européenne) d’une somme mensuelle d’environ 120 euros à chacun des 340 millions de citoyens, y compris les enfants, de la zone euro ! Cette idée innovante relève plutôt d’une création monétaire « directe ».

D’autres proposent la fusion en un seul revenu minimum des différentes aides sociales, ou bien encore la création d’un revenu minimum d’activité, relevant alors plutôt de la redistribution.

En conclusion, cette crise sanitaire, économique et sociale mondiale aux conséquences dramatiques pour beaucoup de personnes devrait être aussi une source d’innovations et d’accélération de la transition écologique et numérique dont l’urgence n’est plus à démontrer. Mais seuls des modes de gouvernance renouvelés, impliquant plus les citoyens et une véritable solidarité en luttant contre les inégalités qui vont se creuser, permettra de tirer les leçons de cette crise et d’en atténuer les dommages.

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