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Retour sur la semaine de notre délégation parlementaire à Washington

Il est particulièrement important pour les Démocrates des deux côtés de travailler plus étroitement ensemble.

"Forces militaires et dispositif migratoire ne sont plus dans un ordre dispersé : la nouvelle Europe avance comme un seul homme".

Sandro Gozi

Ancien Secrétaire d'État à la présidence du Conseil des ministres, chargé des politiques européennes dans les gouvernements Renzi et Gentiloni, Sandro Gozi est un député européen du groupe Renew élu en France et secrétaire général du Parti Démocrate européen.

Sandro Gozi, partagez-vous le point de vue du président Mattarella sur la nécessité pour l'Europe de promouvoir une politique de défense commune ?

Je suis d'accord avec le chef d'État, qui s'est également exprimé sur ces questions lors de la manifestation des fédéralistes européens à Ventotene, à laquelle j'ai assisté. Le président Mattarella a introduit un thème essentiel, dans une phase que je définis comme darwinienne de la vie de l'Union européenne.

Qu'est-ce que cela signifie ?

Nous sommes confrontés à de nouveaux défis et nous avons besoin d'une grande capacité d'adaptation. L'Europe doit démontrer sa capacité d'adaptation et se doter rapidement d'une politique de sécurité commune qui va de pair avec des réponses économiques.

Quel enseignement la crise afghane donne-t-elle à la politique européenne ?

Elle nous met une fois de plus face à des questions qui sont ouvertes depuis des années. Je fais référence aux nouveaux flux migratoires, qui doivent être gérés et non subis. A cet égard, l'Europe doit agir comme un acteur politique et les gérer avec des choix communs. Si nous nous remettons à suivre les thèses de l'extrême droite, nous n'irons pas loin. Nous devons nous distinguer de ceux qui se scandalisent du départ des soldats américains de Kaboul et qui refusent ensuite d'accueillir les réfugiés afghans. Ils expriment des vetos qui sont inacceptables pour les institutions européennes.

Que doivent faire les institutions européennes à ce sujet ?

Je pense que l'Europe devrait avoir un plan commun en matière de migration dès maintenant, sans attendre que les accords de Dublin soient modifiés.

Pensez-vous que cela soit possible à ce stade politique ?

Oui, avec l'axe Rome-Paris, avec le président Draghi qui dirige désormais le G20. C'est précisément Macron et Draghi qui doivent assumer le rôle de leader, dans une phase de transition politique en Allemagne aux prises avec l'après-Merkel.

Également sur la nécessité de lancer une politique de sécurité et de défense unifiée, comme le souhaite le président Mattarella ?

Absolument. Je suis convaincu, comme le chef de l'État, qu'il s'agit d'une question vitale pour l'avenir de l'Europe en tant qu'entité politique autonome capable de gérer ses propres intérêts. Nous sommes à un moment historique fondamental et l'Europe est appelée à devenir une puissance, y compris une puissance militaire, avec les instruments qu'elle possède déjà.

Il y a ceux qui soutiennent que l'OTAN existe déjà pour des interventions militaires même pour des missions de paix. Qu'en pensez-vous ?

L'OTAN doit elle aussi s'adapter aux changements, qui ne nous permettent plus d'être totalement dépendants des États-Unis. Face à des menaces communes, l'Europe doit s'engager sur la voie de politiques de défense communes. Il s'agit d'un défi géopolitique qui ne peut plus être reporté.

Avec quels moyens ?

Il existe des bataillons militaires de l'UE. Une force de cinq mille hommes devrait toujours être prête à intervenir dans les zones de crise, pour surmonter des urgences soudaines, comme l'évacuation des réfugiés de Kaboul. En commençant par le Sahel, par exemple, où la France a de forts intérêts, cette force militaire devrait toujours être prête à intervenir. Pour l'Europe, il s'agit de passer de l'adolescence à la maturité.

Une politique de sécurité commune implique-t-elle des décisions européennes sur les missions de paix ?

Je crois que nous devons surmonter l'hypocrisie qui consiste à qualifier de missions de paix des missions qui s'avèrent être des missions de guerre. Plus largement, il s'agit de garantir des intérêts communs, y compris en matière de  la cybersécurité, ou la défense des centres industriels stratégiques. C'est une politique qui peut nous permettre de devenir des protagonistes et non plus de simples spectateurs dans la nouvelle compétition mondiale qui se joue actuellement entre la Chine, la Russie et les États-Unis..

Une Europe politiquement et militairement plus forte ?

Une Europe qui joue un rôle international de premier plan et qui s'adapte aux nouveaux scénarios politiques. Dans l'immédiat, il faut décider de l'aide aux Etats voisins de l'Afghanistan, qui connaissent des flux migratoires massifs, mais aussi être très clair et très exigeant avec le gouvernement des Talibans. Ensuite, nous devons être prêts à toute intervention d'urgence rapide.

Pensez-vous que cela soit réalistement possible ?

Si l'axe France-Italie se poursuit, je le pense. Les opportunités sont là, liées au leadership de l'Italie au sein du G20, à la présidence tournante de l'UE par la France et à la probable réélection de Macron en 2022.